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Oct 07

Drapeau noir, Octobre 2010

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Mobilisation record

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13/10/2010

Beaucoup de monde encore dans les rues de Bayonne hier. Les syndicalistes un peu inquiets avant le début de la manifestation ont été vite rassurés.

A Sainte Ursule une sono rappelle dans quel ordre défileront les organisations : «Devant l’UNSA, puis Solidaires…», le speaker égrène les noms des organisations syndicales parmi lesquelles toutefois n’est pas cité le syndicat Lab. A moins que celui-ci ne soit inclus dans les «associations et organisations diverses» qui doivent défiler entre syndicats et partis.

Le défilé part donc avec, derrière la banderole de l’intersyndicale, le départ à soixante balais de l’UNSA. En effet cette organisation avait matérialisé son souhait de départ à la retraite à 60 ans par 60 porteurs de balais. Derrière, la sono de Solidaires appelait à la «grève générale jusqu’au retrait total». Venaient ensuite la FSU, les gros bataillons de la CGT, la CGC, FO, la CFDT et la CFTC. Après le pont Saint-Esprit, au niveau de la place du réduit, attendaient les affiliés de Lab. Cette fois-ci le syndicat disposait d’un camion sono imposant. On pouvait y entendre slogans en basque contre la «réforme» et chants de révolte comme le El Pueblo Unido… des Chiliens Quilapayun ou le Potere al popolo des Italiens Banda Bassotti.

Beaucoup de manifestants viennent de la fonction publique territoriale mais on trouve aussi des représentants du secteur privé : Dassault, Bonnet Nevé, EDF-GDF, … Une délégation de dockers CGT est présente. Ce syndicat a déposé au niveau hexagonal un préavis de grève reconductible, qu’en est-il à Bayonne ? «Ah moi je suis pas docker, je suis dans la grande distribution» répond le premier quidam interrogé. On aura peut-être plus de chance en demandant à l’un des porteurs de banderoles : «Ici, on n’a encore rien décidé» nous dit le syndicaliste.

«Métro, boulot, caveau»

Un peu plus loin une pancarte exprime son refus du «métro, boulot, caveau». Juchée sur un tracteur cette jeune quinqua porte un carton sur lequel elle décrit sa situation «Née en 59, 3 enfants. La retraite à 67 ans c’est impossible». «Combien on est ?» demandent inlassablement les manifestants au CGTiste A. Duzert qui est à côté du «compteur» de son organisation, «On le dira après» répond-il encourageant aussi les passants à ne pas déconcentrer le malheureux préposé aux «petites barres».

Cette assistante de vie scolaire de Paul Bert s’inquiète lorsqu’elle apprend que des lycées sont bloqués, «S’ils bloquent demain ça va être la galère. Nous sommes obligés d’appeler les parents des élèves qui ne sont pas en cours, ça veut dire 400 coups de fil dans la journée».

Une manifestation variée en tous cas puisqu’y sont présents des membres de l’ensemble des organisations politiques de gauche du Parti Socialiste aux anarchistes, en passant par le NPA les abertzale de gauche (Batasuna et Abertzaleen Batasuna) et le Parti Communiste.

Mélange de générations aussi avec des retraités de la CGT, des lycéens mais aussi des très jeunes venus accompagner leurs parents tel Kimetz qui, à trois mois seulement, a déjà quatre manifestations dans les jambes (ou plutôt dans les roues de la poussette).

Le retour du drapeau noir

Depuis quelques manifs le drapeau noir est de retour à Bayonne. Sous une banderole indiquant «L’histoire montre qu’il n’y a pas de politique sociale sans mouvement capable de l’imposer. Nos droits ne se négocient pas» se retrouvent des membres d’un «groupe anarchiste informel». «Pour nous la politique est à tout le monde, la politique appartient à la rue. les citoyens doivent se prendre en charge. Nous sommes pour la démocratie directe et l’autogestion» indique un de ces libertaires. Quelques dizaines de mètres plus loin les drapeaux rouge et noir des anarcho-syndicalistes la CNT. Enfin, et plus étonnant, un drapeau noir flotte aussi en plein milieu du cortège CGT. Son porteur est interpellé par des manifestantes «Tu t’appelles comment ?» «Mikel» «On peut te prendre en photo?».

 

La mobilisation atteint un pic de participation avec l’entrée en scène des jeunes

Madame, Monsieur, bonjour, le cabinet est fermé pour cause de grève car le docteur est en faveur du maintien de l’âge légal de la retraite à 60 ans. Pour toute urgence, veuillez contacter le 15. Merci». Avec ce message sur son répondeur téléphonique et une feuille de papier manuscrite scotchée sur la porte de la salle d’attente, ce médecin d’Urt avait décidé hier de faire grève tout seul.

Le gros de la troupe des manifestants n’était pas gréviste comme lui mais avait posé deux ou quatre heures afin de pouvoir défiler dans la rue. Employées de mairie, salariés du Conseil général, beaucoup de petits salaires ne pouvaient «pas se permettre de perdre une nouvelle journée de paie», à l’instar d’Alain, travailleur social. Les manifestants avancent à petits pas sur le pont St Esprit, les rangs serrés s’arrêtent souvent, la foule est compacte. Les trottoirs sont noirs de monde : «Tous ces gens qui restent là à regarder, tous ces badauds qui n’avancent pas ne seront pas comptabilisés !» s’emporte Rose intérimaire à Biarritz. En réalité, la plupart des «badauds» attendent pour rejoindre qui ses collègues, qui ses amis.

«La retraite à 15 ans !»

Alors que le Premier ministre François Fillon accusait l’opposition de gauche d’être «irresponsable» en mettant «des jeunes de 15 ans dans la rue», des centaines d’entre eux faisaient une entrée en scène remarquée en scandant «Sarko t’es foutu, la jeunesse est dans la rue».

A Bayonne, Bastien, Raphaël et Arnaud, âgés de 15 ans («et demi» pour certains) défilent avec leurs copains de Louis de Foix. Ils traînent derrière eux une planche à roulettes bricolée équipée de bruyantes alarmes d’ascenseurs «C’est moi qui ai fait les branchements» annonce fièrement Arnaud. «On a déjà manifesté la dernière fois. On sait que cette réforme va provoquer du chômage. Parce que les personnes qui vont partir à la retraite plus tard ne vont pas laisser leur place». Avant la manif, ils ont organisé le blocus de Lauga. Même scénario à Cassin et réaction contrariée du proviseur Jean Aubry : dans un mail adressé aux parents des jeunes manifestants, il rappelle que «les perturbations, quand elles prennent la forme de blocages, font obstacle au droit à l’éducation. Il est anormal que nombre d’élèves soient empêchés de suivre les cours». M. Aubry invite donc les parents à rappeler à leurs enfants qu’ils ont «des droits et des obligations dans le cadre de leur scolarité», notamment que leurs droits leur permettent de faire valoir leurs opinions «par le biais des instances officielles de l’établissement : assemblée générale des délégués, conseil de la vie lycéenne et conseil d’administration». Le proviseur conclut en informant les parents que «les absences non justifiées figurent naturellement sur les bulletins scolaires des élèves concernés». La CGT estime à 500 le nombre de lycéens dans les rues de Bayonne hier matin.

500, c’est aussi le nombre, mais annoncé par la police cette fois – doit-on en déduire qu’ils étaient bien d’avantage ? – qui s’est rassemblé hier devant la mairie de Bordeaux avant de rejoindre la manifestation à l’appel de l’intersyndicale en fin de matinée. Les manifestants, qui représentaient les principaux établissements bordelais ou de l’agglomération (Montaigne, Montesquieu, Magendie, lycée technique de Talence), ont convergé en milieu de matinée vers la place Pey Berland en face de l’Hôtel de Ville dans une ambiance bruyante et festive. Les jeunes, qui ont fait plusieurs fois la ola et dont certains avaient des instruments de musique ou des cornes de brume, se sont ensuite formés en cortège pour rejoindre le point de rassemblement – place de la Victoire – de la principale manifestation de la matinée.

«Retraités, oui ! Maltraités, non !»

Problèmes de garderie ou classes fermées ? Ni l’un ni l’autre pour la petite Mélanie, 7 ans et demi, les menottes agrippées à celles de son papa, contrôleur de pièces en radiologie dans l’ aéronautique et parent parmi d’autres dans les rangs des manifestants. «Je l’ai amené par solidarité envers les écoles qui font grève. Je refuse de faire travailler des gens alors que je suis dans la rue. Et puis c’est un signe clair de notre détermination» explique Pantxo.

Comme elle, des centaines de bambins sont venues grossir les rangs de cette nouvelle manifestation anti-réforme des retraites. Tous ne savent pas exactement ce que cela signifie, ni pourquoi les grands semblent aussi mécontents. «On ne peut pas tout leur expliquer en détail. On a pas non plus le droit de leur dresser un tableau trop noir de l’avenir» explique-t-il.

A 10 ans, Léandre semble quant à lui, un peu plus au courant de l’affaire : «C’est la manifestation des retraites. C’est pour que les vieilles personnes ne travaillent pas jusqu’à 62 ans au lieu de 60 ans». Mais au fait, c’est quoi la retraite vue par un enfant ? «C’est les vieilles personnes qui vont dans une maison de retraite pour se faire soigner et qu’on s’occupe d’eux».

«Patients en danger»

Vers la fin du cortège, les infirmières anesthésistes de l’hôpital de Bayonne, qui se battent depuis plus de six mois pour «le maintien de l’exclusivité» de leur profession, c’est-à-dire la reconnaissance à Bac + 5 et la rémunération associée, ont profité de la manifestation pour se faire à nouveau entendre. Leur revendication comprend un volet retraite : «La réforme Bachelot nous a fait passer de 55 à 60 ans. Et maintenant, nous devons aller jusqu’à 62 ans. Nous étions dans la catégorie `active’, avec une reconnaissance de la pénibilité de notre travail (mobilisation 24 h sur 24, urgence, responsabilité). Désormais, nous sommes dans la catégorie `sédentaire’. En 7 mois, nous avons pris 7 ans», déplore Fabienne Souviraa, l’une des deux meneuses de la troupe en colère. En contrepartie de ce recul de cinq puis sept ans, les infirmières anesthésistes avaient certes obtenu de Roselyne Bachelot une revalorisation salariale en fin de carrière. Mais elle jugent celle-ci insuffisante au regard de la hausse accordée aux infirmières non spécialisées. « Au final, ces mesures mettent en danger les patients. Car si les salaires baissent, la profession devient moins attractive. En cas de pénurie, les établissements ont recours à du personnel non formé», détaille Valérie Lalane, l’autre chef de fronde.

Les petits salaires

En queue de peloton, mais certainement pas à la traîne pour crier leur mécontentement, les membres du Collectif retraites, qui regroupe plusieurs partis de gauche et les associations Attac et Bizi!, jugent la réforme aussi injuste qu’inefficace : «En fait, elle ne va pas sauver le système par répartition», tonne Chantal Boone, membre du Conseil d’administration d’Attac Pays Basque. «Elle a pour but de préparer la retraite par capitalisation. Dans les faits, les gens qui ont fait cinq, six, sept ans d’études, auront des salaires satisfaisants qui leur permettront de capitaliser. Ceux qui vont se faire avoir seront encore les mêmes : les petits salaires, qui ne pourront pas le faire, et vont se retrouver avec des pensions plus faibles».

Et d’enfoncer le clou : «Les femmes aussi seront concernées. Franchement, ce qu’a annoncé le gouvernement pour elles, ce sont des mesurettes. Il ne faut pas se ficher de la gueule du monde !».

 

Le Premier ministre François Fillon a opposé une fin de non-recevoir aux opposants à la réforme : «Nous sommes décidés à mener cette réforme à son terme», a-t-il répété excluant de nouvelles «concessions» alors que le Sénat a déjà voté les deux mesures phare de la réforme : recul à 62 ans de l’âge légal, à 67 ans de l’âge de la retraite sans décote. Pour la première fois, la poursuite des arrêts de travail est à l’ordre du jour.

A Bayonne hier, ils ont déclaré :

Alain Duzert (CGT) : «On ne peut être que satisfait. Avec 17 000 personnes à Bayonne, tout le monde a pu se rendre compte de la solidité du mouvement. Beaucoup de salariés du privé étaient notamment présents. Depuis une semaine, deux ou trois bases nouvelles de la CGT se sont structurées au Pays Basque, dans des entreprises où il n’y avait parfois pas de syndicats. On sent une montée en pression. Reste à savoir ce qu’elle offrira comme perspective : il y a un grand écart entre ces entreprises, où l’on est assez loin de la reconduction de la grève, et certains bastions, où la lutte syndicale est plus ancrée. Tout le monde se regarde un peu. La CGT appelle les salariés à se décider en AG».

Michel Larralde (CFDT) : “La participation est au moins égale à celle du 23 septembre. Pour nous, ce n’est que du positif. L’intersyndicale avance 17 000 personnes, les RG 8 500. Comparé aux chiffres qu’ils ont annoncés précédemment, celui-ci n’est pas crédible. Si les gens présents se retrouvent samedi avec ceux qui étaient là le 2 octobre – qui venaient de plus loin (Saint-Palais, Mauléon) – ça peut faire très gros. Tout le monde réclame la grève reconductible, à condition que ce soit les autres qui la fassent. Les gens feront comme ils le pourront. Nous les avons sollicités plusieurs fois ce mois-ci. La CFDT a appelé à la mobilisation les 12 et 16 octobre”.

Ramuntxo Perez (FO) :
“Pour une quatrième manifestation en un mois, le bilan est largement positif. On est à un niveau égal ou supérieur à la mobilisation du 23 septembre. 16 000 à 17 000 personnes, c’est considérable. Surtout qu’il n’y avait pas tant d’étudiants que ça. FO souhaite désormais que les salariés des secteurs clés de l’économie (transports, énergie) s’engagent sur une grève reconductible. Pas pour le plaisir de bloquer le pays, mais parce que nous nous retrouvons face à un mur et que le rapport de force s’impose. La manifestation du 16 (samedi) peut atteindre un chiffre record, si les gens du samedi 2 effectuent la jonction”.

Jeronimo Prieto (Lab) :
“La mobilisation de Bayonne a été massive. Nous nous en réjouissons. De surcroît, localement, des préavis de reconduction de la grève ont été posés, du côté des territoriaux (employés communaux) et de la SNCF, avec une très forte mobilisation. A l’issue de cette mobilisation, le Collectif retraites Pays basque et Oldartu ont organisé une AG à laquelle ont participé 120 à 130 personnes. Le principe d’organisation de la grève générale a été entériné. Il s’agit maintenant de motiver les salariés à poser des préavis reconductibles”.

Peio Dufau (CGT-Cheminots) :
“Nous avons reconduit la grève avec 128 votes pour, 4 contre et trois blancs. Désormais, la priorité des priorités est d’élargir le mouvement. La majorité de la population le soutient. Il faut maintenant mobiliser un maximum de salariés supplémentaires”.

Par Rédaction

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