Extinction Rebellion appel à une « semaine de rébellion internationale » » pour le climat à partir du 15 avril prochain

New York (États-Unis), de notre correspondant.– Les activistes d’« XR » avaient promis une action « mémorable » au cœur de Manhattan, un samedi, au milieu des touristes. La police n’avait pas été prévenue. Seule une poignée de personnes savaient ce qui allait se passer.

Après les chants et la musique, la manifestation écolo bon enfant débutée sous les fenêtres du Plaza, le célèbre palace new-yorkais, s’est transformée en action de désobéissance civile. Barrant la Cinquième Avenue, bordée de boutiques de luxe, à quelques « blocks » de la fameuse Trump Tower, des manifestants ont déroulé une grande banderole verte, peinte au logo d’« Extinction Rebellion » – un sablier qui indique l’urgence climatique.

26 janvier. Action de « XR » à Manhattan. © Extinction Rebellion NYC/Ken Schles
26 janvier. Action de « XR » à Manhattan. © Extinction Rebellion NYC/Ken Schles

À quelques dizaines de mètres, treize autres manifestants se sont étendus sur la glace de la célèbre patinoire du Rockefeller Center, un des plus grands gratte-ciel de Manhattan. Pendant ce temps, un quatorzième accrochait une banderole noire sur la grande statue de Prométhée qui trône au milieu de la place, barrée de ces mots : « Changement climatique = meurtre de masse », et d’un appel à une « semaine de rébellion internationale » pour le climat à partir du 15 avril prochain. Au total, neuf activistes ont été arrêtés.

Dans un Manhattan extrêmement surveillé par la police, ce type d’action n’est pas banal. Il marque le lancement aux États-Unis du mouvement « Extinction Rebellion ». Créé au Royaume-Uni cet automne, « XR », son surnom, n’est vieux que de quelques mois. Mais il peut déjà s’enorgueillir d’actions retentissantes qui ont construit sa popularité.

À Londres, en novembre dernier, des milliers de désobéissants ont occupé les cinq principaux ponts qui traversent la Tamise, bloquant le centre de la ville pendant plusieurs heures. Ils se sont collés à la glu sur les grilles de Downing Street, le siège du gouvernement britannique. Le mouvement est soutenu par les intellectuels activistes Noam Chomsky, Naomi Klein, ou encore l’intellectuelle indienne Vandana Shiva. Sur son site, « XR » revendique des groupes locaux dans 25 pays du monde, au Canada et en Australie, mais aussi en Italie, en Allemagne et en France, où le mouvement « décentralisé » prépare son lancement prochain.

Samedi, « XR » lançait à Manhattan sa première action américaine. Un geste symbolique dans un pays vorace en énergies fossiles, deuxième pollueur de la planète, dont le président climatosceptique a dénoncé l’accord de Paris. Les organisateurs américains ont les mêmes revendications que les activistes londoniens ou français. Trois demandes claires, à la hauteur de l’urgence climatique : « la vérité sur la crise écologique » (la fin du déni climatique et des demi-mesures gouvernementales) ; la réduction rapide des gaz à effet de serre avec la « neutralité carbone » dès 2025 ; la mise en place d’« assemblées citoyennes » pour discuter collectivement des mesures permettant d’assurer « une transition juste et équitable ».

Occupation du pont de Westminster à Londres, 17 novembre 2018. © Reuters
Occupation du pont de Westminster à Londres, 17 novembre 2018. © Reuters

Le mouvement se distingue surtout par son choix assumé de la désobéissance civile et non violente. Une tradition en partie théorisée, aux États-Unis, et perpétuée par les combats pour l’égalité des Africains-Américains. Dans une lettre fameuse écrite le 16 avril 1963, le pasteur Martin Luther King, alors détenu à la prison de Birmingham (Alabama) pour avoir organisé une marche contre le racisme et la ségrégation, prônait l’« action directe non violente » lorsqu’elle est « nécessaire »« Je ne pouvais pas rester inactif, justifiait-il alors dans ce texte, devenu une référence iconique de la lutte pour les droits civils. L’injustice n’importe où est une menace pour la justice partout. »

Dans un pays ultrasécuritaire comme les États-Unis, XR renoue avec cette tradition, entretemps adoptée par Act Up ou les mobilisations contre l’Organisation mondiale du commerce dans les années 1990 et 2000, puis Occupy Wall Street ou Black Lives Matter dans les années 2010.

« Face à une extinction, celle des hommes et de la planète, il est de notre devoir de se rebeller, plaide Gregory Schwedock, un des organisateurs new-yorkais d’XR. L’action directe n’était pas inexistante dans les combats pour l’environnement ces dernières années, mais elle a en général consisté à lutter contre des projets, par exemple des pipelines. Il faut désormais une action plus large : parce qu’ils échouent à nous protéger de la disparition, nos gouvernements sont criminels. Nous ne devons pas juste bloquer la construction de nouvelles infrastructures. Nous devons mettre à bas celles qui existent déjà. Pour cela, nous sommes prêts à risquer les arrestations, à passer du temps en prison, à être surveillés s’il le faut. »

https://www.mediapart.fr/journal/international/280119/xr-une-mobilisation-mondiale-contre-l-extinction?onglet=full

Ces dernières semaines, au cours d’ateliers pratiques, des activistes expérimentés ont enseigné aux militants volontaires les principes de base de la non-violence et de l’action directe. Qu’est-ce que la violence ? Quelle est la différence entre résister à un policier et le toucher d’une façon qui peut être considérée comme une « agression », délit sévèrement puni ? Comment faire baisser la tension lors de confrontations directes, nez à nez avec la police ou les forces de l’ordre ?

À New York comme à Paris, les militants d’XR font le pari qu’au fil des semaines, leurs actions spectaculaires et massives vont attirer de plus en plus de monde. Dans la manifestation new-yorkaise, Melanie, une jeune femme venue du quartier populaire du Bronx, a prévenu. « Il ne faut plus attendre. Nous n’avons plus le temps. Finis les discours, il faut agir. On n’arrêtera pas. »