«

»

Mai 07

Il faut se révolter; Mai 2011

lejpb logo

L’opinion – Tribune Libre

Il faut se révolter

04/05/2011

César / Membre du collectif Indar Beltza

Car des humains, par milliers, sont expulsés, condamnés à une misère ou une mort certaine dans leur pays.

Car à 06h30 chaque matin, les yeux en grève, il faut aller travailler. Cinq jours sur sept. Car jusqu’à 18 heures, dans la plupart des cas, nous devons produire des choses sans lesquels nous nous sentirions libérés.

Car nous refusons des restaurants, ne pouvant nous les payer.

Car nous bouffons de la merde, lisons de la merde, regardons de la merde chaque soir à la télé. Parce qu’il ne faut pas charrier, après cette journée, nous n’avons pas que ça à faire que de lire ou bien danser.

Car un flic à chaque coin de rue. Car des milliers de militaires de par le monde, assassinant en notre nom, colons modernes.

Car nous établissons la plus solide des frontières entre le rêve et la réalité.

Car nous ne pouvons décider de l’avenir de notre peuple. Car nos jeunes sont torturés. Car tous les prisonniers.

Car nos vies offrandes au marché. Car il devient difficile de penser jouir et désirer.

De tout cela, nous sommes nombreux à être d’accord. Timidement nombreux, timidement révoltés, mais encore là.

Là, mais incapables de bien observer les expériences du passé, les défaites du présent. Car nos victoires sont bien rares et le plus souvent symboliques.

Sacrifiés ou soumis, l’espoir réside toujours dans l’élection, le gouvernement, la prise du pouvoir. Ce qui dirige de manière essentielle nos vies est abandonné, délégué diraient-ils, entre les mains d’un pouvoir, quel qu’il soit, censé nous représenter. Il n’existe pourtant aucun exemple de transformation radicale, sociale ou économique, je dirais presque éthique, d’égalité réelle, d’autre horizon que le monde marchand, de gestion pleinement concertée sur chaque sujet par le biais d’une prise révolutionnaire du pouvoir ou l’élection d’un gouvernement de “gauche”, aussi radical soit son discours. En somme, il n’existe pas de réel changement par le biais d’un Etat. C’est ce que les anarchistes ont toujours pensé et il est temps d’admettre que l’histoire aurait tendance à leur donner pleinement raison.

Un socialisme véritablement juste ne peut qu’être libertaire, égalitaire, antiétatique.

Nous sommes bien conscients d’en être loin, mais nos objectifs que sont l’autogestion, la démocratie directe ou le fédéralisme doivent être dès à présent mis en application dans nos vies, dans nos luttes et dans la construction d’alternatives parallèles bannissant l’idée même de hiérarchie. La lutte contre toute forme d’autorité doit être une constante et une priorité. Nous souhaitons mettre un nom sur ces idées et pratiques, appliquées ici et là sans être nommées. Dès à présent, au contact des autres mouvements, là se trouve le sens de l’engagement libertaire. Nous comptons bien faire entendre notre voix, radicale et singulière dans cette société. Nous pensons que la présence des idées et pratiques que nous défendons est nécessaire. Plus que jamais.

A propos de l'auteur

collectif