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Juil 07

La nuit où l’Espagne a basculé dans une guerre civile sanglante et meurtrière. Juillet 2011

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La nuit où l’Espagne a basculé dans une guerre civile sanglante et meurtrière

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19/07/2011

Goizeder TABERNA

«Depuis la fin du mois de juillet et tout au long du mois d’août, des groupes de tueurs à gage apparurent. Ils allaient de village en village, de nuit et en voitures ou camionnettes réquisitionnées, les `nettoyant’ des ugetistes [syndicalistes de l’UGT, ndlr], nationalistes basques, anarchistes», écrit l’écrivain navarrais Pablo Antoñana. A l’instar de ses contemporains, il a vécu de près le soulèvement des militaires espagnols de la nuit du 18 au 19 juillet 1936. Près de 75 ans plus tard, il raconte avec «douleur, tristesse et souffrance» ce qui va donner vie à une guerre meurtrière, puis à 40 ans de dictature.

A l’époque gouverneur militaire de Navarre, le général Emilio Mola a planifié ce soulèvement destiné à renverser le gouvernement du Front populaire. Cette coalition de partis républicains de gauche, socialistes et communistes, a gouverné de février 1936 jusqu’à la fin de la guerre en 1939. Avec, entre autres, le général Francisco Franco, il a préparé des mois à l’avance ce coup d’Etat qui a finalement échoué, plongeant le territoire espagnol dans une guerre civile de trois ans.

Le 17 juillet, le soulèvement se fait déjà sentir à Melilla (Afrique), mais dès le lendemain, les événements se déchaînent. Dans la nuit du 18 au 19, le président du gouvernement espagnol demande au général Mola de cesser ce qui s’annonce déjà comme les prémices d’une guerre, mais ce dernier lui répond qu’il est trop tard, qu’on ne peut revenir en arrière. Le 19 juillet, E. Mola lance la consigne : «Il faut semer la terreur, laisser la sensation de contrôler, éliminant sans scrupule ni hésitation tous ceux qui ne pensent pas comme nous».

Mémoire historique

Les rebelles espéraient compter avec le soutien de la Navarre, mais il n’en est pas ainsi. Certains militaires s’y opposent. Dès le premier jour, on compte 3 000 exécutions dans cette province basque, d’après le collectif oeuvrant pour la mémoire historique Lau Haizetara Gogoan. «D’après la carte des fosses communes rendue publique par le gouvernement espagnol, qui ne représente qu’une partie des crimes contre l’humanité et génocides commis par les franquistes pendant le soulèvement», dénonce le collectif, «il reste encore à clarifier les circonstances et les responsabilités pénales de plus de 8 000 morts par arme à feu».

Dans le domaine de la mémoire historique, le rôle des institutions est maintes fois rappelé, mais la Navarre est un exemple éloquent de leur maigre implication. Le premier signe de reconnaissance des victimes par le Parlement de Navarre n’apparaît qu’en 2003, avec la loi des symboles. Mais les symboles franquistes ne sont pas effacés pour autant, pour une raison d’interprétation.

La loi de la mémoire historique du gouvernement Zapatero de 2006 n’apporte guère de changement. Un an plus tard, on assiste au premier hommage institutionnel des 298 habitants exécutés dans la capitale navarraise. Mais les empreintes de cette longue dictature sont encore inscrites dans les rues de la ville, notamment, à travers les noms de rues et de places.

Autre point encore peu évoqué, l’immobilisme des Etats voisins. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, a récemment déclaré que ses associés européens tels que l’Etat français devront un jour faire «leur autocritique» pour avoir abandonné la République espagnole de 1936.

 

Du soulèvement à la révolution

Cette nuit du 18 au 19 juillet n’a pas engendré que du sang et de la violence. Dans la tourmente de la guerre civile, de nouvelles formes de société ont été expérimentées et le nouveau collectif libertaire Indar Beltza du Pays Basque Nord compte le rappeler lors d’un rassemblement prévu ce soir, à 20 heures, devant le consulat d’Espagne à Bayonne.

“Durant cette terrible guerre civile que fut la guerre d’Espagne, une révolution éminemment libertaire vit le jour, notamment en Catalogne et Aragon”, rappelle le collectif. Dès le 21 juillet, le Comité central des milices antifascistes de Catalogne constitue le véritable gouvernement de Catalogne pendant quelques mois et entame ce qu’on appellera la “révolution espagnole”. La base idéologique de cette nouvelle société est l’anarcho-syndicalisme et le communisme libertaire avec une composante marxiste révolutionnaire. “Une organisation libertaire de la société fonctionne, et fonctionne bien”, affirme Indar Beltza, “une société véritablement égalitaire dénuée au maximum de rapport d’autorité est tout sauf une chimère”.

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