L’abolition de la prison

L’année 2019 verra célébrer le trentième anniversaire de l’émission « Ras-les-murs », sur Radio-Libertaire. C’est au cours de l’année 1989, en effet, que Jacques Lesage de La Haye, infatigable animateur de cet espace radiophonique consacré à la prison et à toute forme d’enfermement, s’installait chaque mercredi soir à 20 h 30, avec une équipe renouvelée au fil du temps, au micro de la station de la Fédération anarchiste.
Lancée comme un cri rageur à la face d’une société ignorant ou ne voulant rien savoir de ce qu’elle réserve à ses parias en les envoyant en cage, la phrase « La prison a fait son temps, qu’elle crève ! » vient ponctuer chaque semaine le texte indicatif (voir ci-dessous) qui lance l’émission.
Mais il ne s’agit pas là que d’un slogan. Depuis près de cinquante ans, en effet, depuis la création, en 1971, du Groupe informations prisons (GIP) jusqu’à aujourd’hui, Jacques Lesage de La Haye n’a jamais cessé de lutter sur tous les fronts contre l’existence de la prison, où il a d’ailleurs passé lui-même onze années de sa vie. La parution de ce nouvel ouvrage* de notre ami vient donc s’ajouter à ses innombrables écrits et prises de parole sur le sujet, ainsi qu’aux actions diverses auxquelles il n’a jamais cessé de participer.
A la demande de Jacques Lesage de La Haye, j’avais rédigé un petit texte pour la quatrième de couverture de cet ouvrage. L’éditeur n’en a pas voulu. Je vous le livre ici.

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* L’abolition de la prison, de Jacques Lesage de La Haye, éditions Libertalia, 2019.

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Militant anticarcéral depuis plusieurs décennies, ex-détenu lui-même, Jacques Lesage de La Haye a été par le passé membre du Comité d’action des prisonniers, fondé en 1972 et dont les animateurs prétendaient déjà que « tout prisonnier est politique ». En 1974, il fonde Marge, groupe autonome de la mouvance libertaire, puis rejoint la Fédération anarchiste en 1989 et prend alors en main, sur Radio-Libertaire, l’émission consacrée à l’enfermement, née en 1981, qu’il rebaptise « Ras-les-murs ». Ayant eu la possibilité, non sans difficultés, d’étudier durant ses années d’incarcération, Jacques Lesage de La Haye est devenu psychanalyste reichien, activité qu’il exerce et enseigne depuis de nombreuses années.
Après avoir évoqué son expérience derrière les barreaux et son difficile retour à la vie « normale » dans plusieurs ouvrages indispensables à qui s’intéresse à la question de l’enfermement, Jacques Lesage de La Haye se penche ici sur les alternatives à la prison, inlassablement guidé par ce qui demeure au cœur de son combat : la nécessaire abolition de ce pourrissoir.
Ces alternatives nous entraînent dans quelques pays du nord de l’Europe, au Canada, en Allemagne, en France même, où l’on ignore le plus souvent que ces expériences existent, et jusqu’aux villages indiens de l’Etat du Guerrero, au Mexique, très en avance en la matière. En mettant l’accent sur le bon sens et l’humanité qui président à ces alternatives, Jacques Lesage de La Haye ne fait par là même que prononcer en même temps une implacable condamnation des systèmes de répression carcérale absurde et mortifère qui partout sévissent, n’engendrant que souffrance, violence et destruction des individus.

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Texte indicatif de l’émission « Ras-les-murs »

La prison doit cesser d’exister. En ce début de XXIe siècle, elle reste un vestige d’autres temps et d’autres mœurs. Elle demeure avec son cortège de misère et de haine. Espace de la non-vie et du non-droit, cet archaïsme barbare reste un lieu de destruction systématique de l’individu. Il faut modifier les esprits, toucher les causes profondes qui font qu’elle demeure, alors que le constat de son échec n’est plus à faire. Les anarchistes entendent rompre le silence criminel qui entoure la lutte des prisonniers et informer de la réalité, tant carcérale que judiciaire. Nous inscrivons ce combat dans celui plus vaste pour une société sans classe ni Etat. Il sera victorieux quand auront disparu le droit du plus fort et la loi des puissants.
La prison a fait son temps, qu’elle crève !

5 janvier 2019 par Floréal