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Juil 09

Mise au clair juillet 2011

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L’opinion – Tribune Libre

Mise au clair

15/07/2011

César MOUSSEMPES / Membre du collectif libertaire Indar Beltza

Nous sommes anarchistes mais ne sommes pas anti-tout. Nous sommes des rêveurs mais pas de doux rêveurs illuminés, car nous savons notre projet réalisable et moralement souhaitable.

Rêvant, sous notre drapeau noir, souvent pris de désespoir, d’abattre l’autorité, nous ne sommes pas de primaires destructeurs. Nous parlons de construire autre chose. Nous parlons d’organiser autrement les rapports humains, de manière horizontale et égalitaire. Nous remettons en cause la notion d’Etat, de pouvoir d’un homme sur un autre, obstacles à nos visées radicalement émancipatrices que sont la démocratie directe, l’autogestion et le fédéralisme, pistes trop peu prises en considération à l’heure des crises et impasses idéologiques que nous connaissons actuellement.

Nous sommes aujourd’hui bien peu. Ils furent en 1936 des millions, réalisant ce qui constitue peut-être le plus bel exemple de révolution libertaire. Se complaire dans la nostalgie ne nous satisfait pas mais nous devons puiser idées et espoirs dans les expériences passées. La Catalogne de 1936 fut, entre autres, malgré les efforts de guerre à soutenir, un superbe exemple révolutionnaire. Beaucoup se gardent bien aujourd’hui de se remémorer cette réussite, abattue dans le sang par les fascistes et autres communistes staliniens, comme ce fut le cas dans l’Ukraine de Makhno, dans le Paris de 1871, à Kronstadt en 1921 ou plus récemment à Oaxaca. Tous ces exemples et, notamment, celui de la Catalogne de 1936, nous prouvent amplement que notre projet libertaire représente tout sauf une chimère.

Pour cela, nous comptons rendre hommage aux femmes, hommes et enfants morts, exilés ou oppressés pour avoir osé défendre une vision sans concession de la liberté et de la révolution, ce mardi 19 juillet à 20 heures, 75 ans après le Barcelone libertaire et révolutionnaire écrasant en une journée les forces fascistes, devant le consulat d’un Etat espagnol encore largement condamnable pour sa pratique de la torture, ses interdictions de partis et de journaux ou bien encore son hypocrite loi d’amnistie et dont nombre de politiciens ne condamnent toujours pas le franquisme. Je m’abstiens d’évoquer ici les ignobles résidus qui y prirent part afin de ne pas verser dans l’insulte la plus virulente.

Avant ce rassemblement, le collectif libertaire Indar Beltza a décidé de prendre part à la manifestation appelée par Segi le jeudi 14 juillet à Baiona.

Nous n’aimons pas tellement les bannières nationales mais détestons bien plus que l’une d’elles s’impose par la force à un peuple voisin. Par ailleurs, les marches militaires sous les drapeaux, quels qu’ils soient, sont pour nous à combattre. Cet indécent déballage de muscle, testostérone étatique, stade avancé de la bêtise la plus primaire, ennemie de la pensée, de la beauté, de ce qu’il peut y avoir de bien en l’Homme, nous exaspère.

Nous entendons donc, que nous restions dans nos lits douillets comme Brassens ou que nous fassions entendre notre voix comme ce jeudi, nous élever contre cela.

Je me fiche de la gloire de la nation, qu’elle soit basque ou éthiopienne, je ne ressens aucune fierté d’être basque, mais je le suis et personne, ni Etat ni tribunal, n’a à me décréter français ou espagnol. Je suis basque car j’en ai l’envie et, notamment par la réappropriation de la langue, la conscience.

Je n’ai rien contre la France mais son drapeau, sa police, son armée, autrement dit sa forme moderne de colonialisme, ne doivent être imposés ni à moi ni à notre peuple.

Il s’agit de combattre les rapports d’autorité, d’un Etat sur un peuple, d’un peuple sur un autre, d’un homme sur une femme, d’un homme sur un groupe ou d’un groupe, aussi majoritaire soit-il, sur un homme.

Nous sommes pour l’autonomie la plus radicale dans la prise de décision des peuples, régions, communes, quartiers et individus en ce qui les concerne, dans un esprit fédéraliste et fraternel.

Nous ne voyons là qu’une question de logique, d’éthique, contrairement à la logique capitaliste régie par la compétition permanente.

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