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Mar 07

Y’ en a pas un sur cent et pourtant ils existent…Mars 2011

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Y’ en a pas un sur cent et pourtant ils existent

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12/03/2011

Carole SUHAS

Entretien avec Indar Beltza – Energie noire / Collectif libertaire

En cette période électorale, le débat sur les cantonales se fait de plus en plus précis. Chacun prépare son vote futur. Mais l’abstention, comme pour toute élection, doit également être prise en compte. Ce refus de voter, souvent compris comme désintérêt, peut aussi être un choix politique affirmé, un moyen d’instaurer un véritable débat dans le paysage politique local. Quid des anarchistes pour ces cantonales ?

En période de cantonales, quelle est votre position sur ces élections ?

Par principe, les anarchistes ne votent pas (abstention), car ils rejettent le mode de démocratie actuelle. Nous militons pour une démocratie directe. Nous refusons de nous choisir un chef qui ne nous représenterait en rien et nous combattons la notion même d’Etat et de démocratie représentative. Pour cela, nous adoptons une attitude de non-coopération à cet acte public d’allégeance du plus grand nombre au pouvoir de quelques-uns.

Nous pouvons, par exemple, appuyer notre abstentionnisme par quelques cas démontrant que le gouvernement en place ne tient absolument pas compte de l’expression populaire : l’intention de faire une LGV alors qu’ici personne n’en veut, le traité de Lisbonne en 2007 contre lequel 54 % des votants se sont élevés mais ratifié malgré tout, ou encore la réforme des retraites majoritairement refusée et pour laquelle Nicolas Sarkozy n’avait pas été mandaté.

L’abstention est un principe de lutte, au même titre que l’action directe (grève générale, désobéissance civile, boycott, sabotage, création d’organismes parallèles, etc.).

Que proposez-vous comme alternative à cet Etat que vous rejetez ?

Nous proposons une démocratie directe à tous les niveaux, et un fédéralisme de régions autonomes et autogérés au sein d’une Europe fédéraliste.

Qu’entendez-vous exactement par «fédéralisme» ?

En tant qu’anarchistes, nous entendons le fédéralisme dans un sens libertaire et non-étatique. Ce fédéralisme, ennemi du centralisme dans tous les domaines, est une alternative pour une société qui fonctionnerait sans Etat où nous pourrions coordonner diverses actions économiques (répartition, production) en ayant rompu avec le système capitaliste.

Quatre grands principes en ressortent : la libre association, l’égalité économique et sociale, l’autonomie des groupes et des collectivités et la prise de décision par le vote direct, sans délégation de pouvoir.

Il s’agit simplement de coordonner des systèmes autogérés, des petites collectivités aux regroupements les plus vastes, et non pas d’agglomérer des institutions à vocation autoritaire.

Comment cette autogestion est-elle possible concrètement ?

La production, strictement adaptée aux besoins, doit être gérée par les travailleurs eux-mêmes en fonction de leurs compétences personnelles. Toute hiérarchie est à bannir. C’est pourquoi nous revendiquons une démocratie directe, qui est un processus collectif de décision, fondé sur une organisation horizontale plutôt que pyramidale de la société humaine.

Les anarchistes sont bien conscients, aujourd’hui, d’être ultra-minoritaires, comme peut l’être la gauche radicale dans son ensemble. Partant de là, comment pensez-vous impulser un mouvement, sans être uniquement dans la contestation ?

En créant des circuits parallèles tels que les AMAP, les sociétés coopératives, les gaztetxe, des médias indépendants, en pratiquant la mutualisation des moyens, tout en étant conscients de leurs limites. Euskal Herriko Laborantza Ganbara est pour nous un bon exemple d’alternative.

Sur le plan de l’éducation, nous encourageons les disciplines telles que les établissements scolaires et crèches autogérées, se basant sur un autre modèle éducatif, mettant l’enfant et son développement personnel en tant qu’individu au centre des préoccupations.

Une mise en application effective immédiatement de la loi sur la réquisition des logements vides nous paraît également indispensable pour avancer sur la question du logement.

Sans hiérarchie, et donc sans décisionnaires, comment véhiculer les messages et faire passer les informations ?

En ce qui concerne l’accomplissement des relations extérieures (à la collectivité, à l’association, au regroupement), nous préconisons de mandater un porte-parole provisoire, révocable à tout moment.

Au niveau local maintenant, quelle est votre position sur le conflit basque ?

Par notre culture spécifique, notre langue, notre histoire, notre sentiment d’appartenance commune, nous, les Basques, constituons un peuple et avons le droit d’exister en tant que tel. Nous sommes donc pour l’indépendance d’Euskal Herria dans le but de prendre notre avenir en main et de réparer les dégâts infligés par les colonialismes français et espagnols.

Nous sommes aussi internationalistes et donc solidaires des autres peuples en lutte, tout comme nous considérons que tout immigré peut avoir sa place ici comme ailleurs.

Nous condamnons évidemment toute pratique répressive, véritable visage du terrorisme, (torture, illégalisation des partis, dispersion pénitentiaire, fichage, surveillance permanente, harcèlement policier, etc.). Dans le contexte actuel, nous nous élevons farouchement contre le MAE, arme liberticide par excellence.

Plus largement, nous considérons que l’immense majorité des prisonniers l’est pour raisons politiques, économiques ou sociales et que la prison n’est aucunement une solution à ces problématiques-là. De même que les personnes souffrant de maladies mentales doivent être soignées et n’ont rien à faire non plus en prison.

*Le collectif libertaire indépendant Indar Beltza regroupe plusieurs tendances anarchistes telles que l’Organisation communiste libertaire ou la CNT-AIT.

 

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